15 novembre 2009
Scénette bucolique

Il nous reste de Nicias de Milet neuf épigrammes transmises par l’Anthologie. Il vécut au IIIème siècle avant notre ère. Il exerçait la profession de médecin. C’était aussi un poète, ami de Théocrite, lequel lui dédia sa onzième idylle en le qualifiant de “très cher aux neuf Muses”. S’il est difficile, en raison des minces reliques qui nous reste de l’œuvre de Nicias, de souscrire ou au contraire de réfuter l’éloge que lui adresse le prince des bucoliques grecs, l’épigramme que nous avons choisi de traduire ne manque pas de grâce et rivalise avec bonheur, quoique dans un genre beaucoup plus réduit - mais Théocrite lui-même nous a laissé des épigrammes -, avec la saveur des idylles de son grand ami.
A titre de comparaison, nous donnons deux traductions en prose, celle des Belles Lettres et celle de F. Dehèque (1863) :
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“Toi qui annonces le printemps riant, verdoyant, paré de couleurs variées, blonde abeille, toi qui, brûlant d’une folle ardeur pour les fleurs de la saison, voles vers la campagne aux exhalaisons enbaumées, dépose ton butin, afin que ta logette aux murs de cire en soit remplie.” (Belles Lettres)
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“Blonde abeille, montre-nous que le printemps s’est paré de guirlandes diaprées, butine ses fleurs, vole vers les prairies parfumées, et travaille sans relâche, afin que tes cellules de cire se remplissent des trésors de ton miel.” (Dehèque)
Thomas M.
09:57 Publié dans Poèmes traduits du grec | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : poésie, épigramme, nicias, anthologie grecque
08 novembre 2009
Voeu d'un vanneur de blé aux vents

- "Vents qui parcourez l'air d'une aile légère et murmurez doucement à travers les hautes cimes des bois, le rustique Idmon vous offre ces guirlandes et ces corbeilles remplies d'odorant safran. Adoucissez la chaleur, et séparez les pailles inutiles, tandis qu'il vanne son blé sous le coup de midi."
Le poète vénitien s'est directement inspiré d'une pièce votive de l'Anthologie grecque attribuée à Bacchylide de Céos (AP, VI, 53), dont voici la traduction des Belles Lettres :
- "Eudêmos a consacré, dans son champ, cette chapelle à Zéphyr, le plus fécond des vents ; car à sa prière il est venu l'aider à vanner le plus vite possible le grain de ses épis mûrs."
Navagero a exercé une influence immense sur les poètes français de notre Renaissance. Ronsard et Du Bellay ont chacun imité la pièce du poète vénitienne, le premier dans son "Bocage" (1554), le second dans ses "Jeux rustiques" (1558). Celle de Du Bellay est incontestablement supérieure, et elle est justement célèbre. Ronsard, quant à lui, a commis une faute de goût impardonnable (cf. la "bouquineuse aisselle"...).
- "Durant l'été que j'ahanne
A mon fourment que je vanne
Çà et là sur mes genoux,
Pour m'avoir, Zéphire doux,
Eventé de tes deux ailes
Et le sein et les aisselles,
Qui me faisaient mal au coeur
de leur bouquineuse odeur :
A toi Zéphire, à toi Flore,
Et à toi compagne Clore,
En récompense j'appen
Mon fléau, ma fourche et mon van."
Pierre de Ronsard, "Bocage", 1554.
- "A vous, troupe légère,
Qui d’aile passagère
Par le monde volez,
Et d’un sifflant murmure
L’ombrageuse verdure
Doucement ébranlez,
- J’offre ces violettes,
Ces lis et ces fleurettes,
Et ces roses ici,
Ces vermeillettes roses,
Tout fraîchement écloses,
Et ces oeillets aussi.
- De votre douce haleine
Éventez cette plaine,
Éventez ce séjour,
Cependant que j’ahanne
A mon blé que je vanne
A la chaleur du jour."
Joachim Du Bellay, "Jeux Rustiques", 1558.
Thomas M.
10:22 Publié dans Poèmes traduits du latin | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : poésie, épigramme, latin, renaissance
01 novembre 2009
Nigra sum sed formosa
Il nous reste une quarantaine d'épigrammes d'Asclépiade de Samos (première moitié du IIIème siècle avant notre ère), l'un des plus importants auteurs de la "Couronne de Méléagre", avec Méléagre, justement, et Callimaque, son grand rival. Il a été le maître de Théocrite. La plupart des pièces qui nous restent de lui sont du genre érotique, spirituelles et légères, et teintées d'une préciosité toute alexandrine. C'était un bon poète.
A titre de comparaison, voici deux traductions : celle de référence, en prose, de la Collection des Universités de France (Les Belles Lettres), et celle en alexandrins de Robert Brasillach (son "Anthologie de la poésie grecque" est le premier ouvrage à se procurer pour ceux qui voudraient s'initier à la poésie grecque ancienne).
- "Par ses taquineries, Didymê m'a ravi ; hélas ! je fonds comme cire au feu à la vue de ses beautés. Si elle est noire, qu'importe ! Les charbons les sont aussi ; mais une fois allumés, ils brillent comme des calices de rose."
- "Elle a ravi mon coeur et devant sa beauté
Je fonds comme la cire au souffle d'une brasier.
Elle est noire ? Qu'importe ! Ils sont noirs, les charbons,
Mais une fois pour nous les charbons allumés,
Ils luisent tout pareils aux roses en buissons."
Et pour conclure en beauté, voici l'imitation/traduction partielle qu'en a donné le grand poète Paul-Jean Toulet (Coples, LXI), dont l'inspiration antique n'est pas suffisament connu. Son plus récent éditeur (GF Flammarion) écrit en note que ce poème "traduirait ici un poème d'Asclépiade de Samos". Il me semble que le conditionnel est de trop... :
- "Elle est noire, c'est vrai. Corail ni jameroses (1)
Ne rient dans sa figure, ou l'or non plus des blés.
Mais, les charbons sont noirs comme elle. Allume-les
On dirait un buisson de roses.
- (1) Jameroses : fruits du jambosier, grosses baies rouges sentant la rose.
Thomas M.
10:12 Publié dans Poèmes traduits du grec | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : poésie, épigramme, asclépiade, anthologie grecque
25 octobre 2009
Tombe de Marcana Vera

Le quatrain latin est accrostiche (les premières lettres de chaque vers forment le nom de la défunte, Vera). Il est précédé d'une introduction épigraphique dont voici le développement et la traduction :
D(is) M(anibus)
MARCANAE
C(aii) F(iliae) VERAE
T(itus) CAESIUS
LYSIMACHUS
CONIUGI SANCTISSIMAE
ET SIBI VIVOS POSUIT
- Au dieux mânes de Marcana Vera, fille de Caius, Titus Caesius Lysimachus a édifié de son vivant [ce monument] en mémoire de sa vertueuse épouse.
Voici à titre de comparaison la traduction que Danielle Porte donne de l'inscription versifiée :
- "Veuille le doux printemps t’offrir ses dons fleuris, et s’incliner sur toi le charme de l’été, plein de mansuétude. Que l’automne, toujours, t’accorde de Bacchus les savoureux présents. Que, sur la terre qui te couvre, l’hiver tombe, léger."
En ce qui concerne ma propre traduction, je fais juste remarquer que ma rime du troisième vers est un "clin d'oeil" à Ronsard :
- "Le printemps n'a point tant de fleurs,
L'automne tant de raisins meurs, (...)"
"Nouvelle Continuation des Amours", 1556.
Thomas M.
08:16 Publié dans Poèmes traduits du latin | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : poésie, épitaphe
18 octobre 2009
Tombeau d'un enfant
Ce poète d'origine macédonienne, né à Pella, fut célèbre en son temps, et Athénée dans son Banquet mentionne deux poèmes épiques dont il serait l'auteur (L'Ethiopie et l'Asopie). Il y a encore peu, tout ce qu'il nous restait de lui - vingt épigrammes - était presque tout entier contenu dans l'Anthologie Palatine. Cependant, des découvertes papyrologiques récentes nous ont restitué 112 épigrammes plus ou moins altérées qui lui sont attribuées (voir à ce propos les travaux de Benoît Laudenbach ICI).
Voici, à titre de comparaison, trois traductions différentes qui permettront au lecteur de mesurer les libertés prises avec le texte original :
- Il n’avait que trois ans quand, jouant autour du puits,
Archianax se laissa attirer par l’image
Muette de ses traits. La mère arracha vite
A l’eau l’enfant mouillé et prit soin d’observer
S’il lui restait encore un petit peu de vie.
Le bambin n’avait pas souillé les eaux des Nymphes,
Et il reste étendu au giron maternel,
Pour y dormir d’un long sommeil.
Traduction de Denis Roques, in "Tombeaux grecs", Le Promeneur, Paris, 1995.
- Agé de trois ans, en jouant autour d’un puits, Archianax fut attiré par la vaine image de ses traits. La mère retira son enfant mouillé hors de l’eau, en cherchant à savoir s’il gardait un souffle de vie. Mais le bambin n’avait pas souillé le séjour des Nymphes : endormi sur les genoux de sa mère, il dort d’un long sommeil.
Traduction de la Collection des Universités de France, Les Belles Lettres, Paris, 1938.
- Un enfant de trois ans, Archianax, qui jouait autour d’un puits, s’y laissa choir, attiré par la muette image de ses traits. Du fond de l’eau sa mère le retira tout ruisselant, pleine d’alarme et cherchant s’il lui restait un souffle de vie. O Nymphes, l’enfant n’a pas souillé votre onde [par son trépas] : c’est sur les genoux de sa mère qu’il s’est endormi du dernier sommeil.
Traduction de F. Dehèque, 1863.
Thomas M.
10:31 Publié dans Poèmes traduits du grec | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : poésie, épigramme, posidippe, anthologie grecque







