07 février 2010
Le vieux boeuf de labour
Adaios de Macédoine (AP, VI, 228) 

Adaios de Macédoine est un poète de la Couronne de Philippe. On ne sait à peu près rien de lui, au point de ne pas pouvoir le dater, même approximativement (entre le IIIe siècle avant notre ère et le Ier siècle de notre ère, selon les auteurs). Il a parfois été identifié avec Adaeus, un rhéteur que Sénèque l’Ancien (mort vers 39 de notre ère) cite à plusieurs reprises comme un de ses contemporains. Mais cette identification reste controversée. Dans la notice qu’elle consacre à ce poète dans son "Anthologie", Marguerite Yourcenar écrit : “La dizaine d’épigrammes que nous possédons d’Addée de Macédoine suffit pour dessiner l’image d’un gentilhomme campagnard aimant les animaux, sachant s’y prendre avec les belles filles, épris des gloires déjà anciennes de son pays natal”.
L’épigramme que nous présentons est très propre à séduire nos contemporains, qui met en scène la compassion d’un agriculteur pour son vieux bœuf de labour. Ce pourrait presque être un sujet de reportage pour l’émission “30 millions d’amis”...
Nous joignons à notre traduction celle que donne Marguerite Yourcenar, qui vaut pour sa concision mais abrège excessivement le texte original (ma traduction, au contraire, tombe un peu dans l'excès inverse : le délayage), ainsi que la traduction en prose des Belles Lettres :
- "Usé par le travail et fatigué par l’âge,
Tu n'iras pas, vieux boeuf, finir à l'abattoir,
Et je t'assurerai jusqu'à ton dernier soir
Ton repos bien gagné dans ton bon pâturage."
Marguerite Yourcenar, "La Couronne et la Lyre".
-
“Quand le travail du sillon et la vieillesse eurent épuisé son bœuf laborieux, Alcon ne l’a point mené au couteau meurtrier, par égard pour ses services ; le voici qui, quelque part dans l’herbe épaisse, dit par ses mugissements sa joie d’être libéré de la charrue.”
Traduction de la Collection des Universités de France (Les Belles Lettres)
Thomas M
10:43 Publié dans Poèmes traduits du grec | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note | Tags : poésie, littérature, épigramme, anthologie grecque
24 janvier 2010
Bacchus aux Indes (fragment)
Bonjour à tous,
En attendant le retour des traductions d’auteurs grecs et latins, je me suis décidé à publier quelques morceaux personnels composés dans ma “jeunesse”, c’est-à-dire il y a une dizaine d’années environ. Ces morceaux valent ce que valent les essais de jeunesse : peu de chose. Si je ne les ai pas détruits, ce n’est pas en raison de leur valeur artistique intrinsèque, mais en raison de mon goût un peu maniaque des “archives”. Si je les publie aujourd’hui, c’est pour faire patienter mes (rares) lecteurs et, plus encore, pour ne pas délaisser entièrement ce blog. On ne sait jamais : certaines interruptions provisoires s’avèrent souvent être définitive...
Cette première pièce que je présente s’intitule “Bacchus aux Indes”. Je dis “une pièce”, car, à vrai dire, je ne sais trop moi-même comment qualifier ce morceau. Ce n’est pas un poème en vers (alors que le reste de ma faible production est entièrement versifiée) ; ce n’est pas non plus, au sens propre, un poème composé de versets, à la manière de Claudel. C’est un OPNI, un “objet poétique non identifié”, composé assez rapidement, sans doute vers 2000 (mais je ne l’ai pas daté). Moi-même perplexe quant à sa forme, je me souviens naguère avoir été tenté de le réécrire en alexandrins. Ce n’était d’ailleurs probablement à l’origine qu’un “canevas” préludant à une mise en vers...
Pourtant, ce fragment - qui devait introduire à une poème assez long, du genre épique -, est le seul de mes essais de jeunesse que je ne désavoue pas entièrement. Si la composition n’est pas classique, le sujet, lui, l’est : il s’agit de l’expédition de Bacchus aux Indes. L’idée, je crois, m’est venu de la lecture des quelques fragments des vastes “Dionysiaques” de Nonnos de Panopolis (auteur grec d’Égypte du Vème siècle), que Robert Brasillach donne dans son “Anthologie de la poésie grecque”.
Le projet n’a pas été poussé plus loin. Faute de temps, sans doute, et surtout faute de maturité.
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- Salut à toi Bacchus !, seigneur des pays vineux d'au delà des mers,
- Seigneur des joyeux satyres aux lascives espiègleries
- et des ménades furieuses en habit des bois,
- Et seigneur du Silène chenu, ton compagnon à dos de mule ;
- Iacchus, je vais chanter tes conquêtes dans les royaumes des indiens altérés,
- Sur le mode onirique, comme guidé par le pourpre nectar.
-
- Au seuil de ta riante existence, divin Thyonée,
- Alors que tout juste délivré de la cuisse paternelle,
- Tu étais des nymphes aux cheveux d'ambrosie
- L'objet de tous les soins,
- Alors déjà, couché sur un lit de cresson odorant,
- Couronné du pampre chargé de fruits,
- Tu rêvais aux Indes lointaines
- Dont les coupoles dorées scintillent sous l'aurore safranée.
- Déjà les naïades aux doigts d'albâtre
- Humectaient tes lèvres vermeilles
- Du suc délicat des raisins cristallins,
- Qui par grappes lourdes comme le sein de tes nourricières,
- Ondulaient lentement dessous le toit de l'antre humide.
- Et bien des printemps passèrent ainsi...
- Un jour qu'au côté des agrestes satyres
- Tu épiais les nymphes jolies au bain des sources fraiches,
- Près d'un fourré ombrageux tu surpris Silène,
- Etendu sur un mol duvet de gazon
- Et digérant son trop plein de breuvage cramoisi.
- Depuis lors vous ne vous quittèrent plus,
- Car tous deux vous aimez les nymphes joyeuses
- Et le vin mêlé de miel
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Cordialement,
Thomas M.
11:20 Publié dans Poésies de jeunesse | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note | Tags : poésie
16 janvier 2010
Annonce
Bonjour,
Je préviens mes lecteurs de la mise en veille de ce blog. Il ne s’agit aucunement d’un arrêt définitif, mais d’une pause provisoire, qui ne devrait pas excéder quelques semaines. Je pense reprendre mon travail de traduction et de publication dès le mois de mars prochain.
A vrai dire, je me suis lancé depuis le mois de novembre dans la composition d’un poème français assez long, ce qui a progressivement absorbé toutes mes pensées et toutes mes forces. Cette pièce, déjà fort avancée (une soixantaine de vers ont été écrits), devrait être achevée dans le courant du mois prochain, si tout se passe comme prévu. Une fois terminé, et si le résultat m’en semble digne, je le publierai ici même pour le soumettre à votre critique, et je reprendrai mes travaux ordinaires de traductions poétiques d’auteurs grecs et latins.
Cordialement à tous,
Thomas M.
10:07 Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note
03 janvier 2010
Rien n'est plus doux qu'amour...
Nossis est une poétesse grecque de Grande-Grèce, originaire de Locres (début du IIIe siècle av. J.-C.). La Couronne de Méléagre a retenu d’elle une douzaine d’épigrammes, dont celle que nous présentons, la plus remarquable, qui exhale le parfum délicat et exquis de l’amour féminin.
La traduction qu’en a donnée André Chénier est justement célèbre. Elle est un parfait exemple de l’alliance réussie entre la nécessaire fidélité au texte original et la non moins nécessaire qualité littéraire qui doit se dégager de la traduction. C’est là le credo constant de ce blog. Nous y adjoignons la traduction de Brasillach (qui a eu le mauvais goût de supprimer l’image de la rose en fin de poème) et celle de Marguerite Yourcenar.
- “Rien n’est doux que l’amour. Aucun bien n’est si cher.
Près de lui le miel même à la bouche est amer.
Celle qui n’aime point Vénus sur toutes choses,
Elle ne connaît pas quelles fleurs sont les roses.”
André Chénier, Poésies.
- “L’amour est chose la plus douce,
L’amour passe tous les bonheurs,
Le miel est moins doux dans ma bouche.
Ainsi dit Nossis en son cœur.
Ah! qui n’a pas, ô toi beauté,
Connu le goût de tes baisers,
Ignore le prix de tes fleurs.”
R. Brasillach, Anthologie de la poésie grecque ancienne.
- “La douceur de l’amour surpasse toutes choses,
Croyez-m’en, moi, Nossis. Le miel a moins de prix.
Celle qui n’a pas eu le baiser de Cypris
Ne sait pas distinguer quelles fleurs sont les roses.”
M. Yourcenar, La Couronne et la Lyre.
En ce qui concerne ma propre traduction, j'ai eu connaissance des trois précédentes, hormis les deux premiers vers de celle d'André Chénier.
Thomas M.
09:18 Publié dans Poèmes traduits du grec | Lien permanent | Commentaires (3) | Envoyer cette note | Tags : poésie, épigramme, anthologie grecque
20 décembre 2009
Offrande d'une grappe de vigne
Moiro de Byzance (AP, VI, 119) 
Moiro de Byzance (v. 300 av. J.-C.) était une poétesse grecque, femme d’Andromachos le Philologue et mère d’Homère le Tragique, lequel brilla plus tard à la cour égyptienne des Ptolémées. Elle appartient à la Couronne de Méléagre. Elle écrivit en hexamètres des Imprécations, une Mnémosyne et un Hymne à Poséidon, dont il ne nous reste rien. Seules deux épigrammes votives ont survécu de son œuvre : celle que nous présentons aujourd'hui, et une autre (VI, 189) que nous aurons l’occasion de publier plus tard.
Voici la traduction en prose qu'en donne les éditions des Belles Lettres :
- “Te voici suspendue sous le portique doré du temple d’Aphrodite, grappe, toute remplie de la liqueur de Dionysos ; la vigne, ta mère, ne t’enveloppera plus de ses gracieux rameaux et ne déploiera plus sur ta tête son feuillage nectaréen.”
Thomas M.
09:26 Publié dans Poèmes traduits du grec | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : poésie, anthologie grecque



